[SUR LE TERRAIN] La futaie irrégulière : une stratégie de gestion durable pour des forêts rentables et résilientes

Written by

La futaie irrégulière est un mode de gestion forestière durable où cohabitent des arbres de tous âges et tailles. Synonyme de biodiversité tout en permettant une production continue de bois, ce modèle allie respect de la nature et rentabilité économique.

Forêt avec des troncs et un petit sapin en futaie irrégulière liée à une gestion durable

Sommaire

C’est un débat qui passionne et oppose les forestiers, tout en interrogeant les propriétaires : quelle méthode de sylviculture privilégier dans sa forêt pour une gestion durable ? 

Futaie régulière ou irrégulière, sylviculture mélangée à couvert continu, régénération naturelle… sont autant de pratiques de gestion qu’il convient de comprendre afin de faire les bons choix. À cet égard, l’expertise d’un gestionnaire forestier habitué à travailler localement est incontournable : seul lui peut vous indiquer la viabilité de telle ou telle pratique par rapport à votre peuplement, à vos objectifs sylvicoles et aux futures conditions climatiques. 

Futaie régulière ou irrégulière, taillis… de quoi parle-t-on exactement ? 

En forêt publique ou privée, différents modes de sylviculture existent :

  • La futaie régulière qui désigne des peuplements d’âges identiques et souvent de même essence. L’objectif est de faire croître des arbres de hauteur et de diamètre homogène, issus de semis ou de plantations. 
  • La futaie irrégulière qui comprend des arbres d’essences, de diamètre et d’âges variés (jeunes, grands, vieux).
  • Le taillis avec des arbres en cépée. C’est un peuplement plus fouilli avec plusieurs tiges qui poussent à partir d’une même souche.
  • Le mélange futaie/taillis dans lequel on retrouve un taillis avec des rejets de souche jeunes et bas et servant de réserve en bois de chauffage, installé sous une strate de futaie constituée de beaux arbres en hauteur. 

A chaque mode de sylviculture ses travaux !

  • La futaie régulière requiert de réaliser des coupes “d’amélioration” tous les 6-15 ans afin d’apporter de la lumière et de l’espace et ainsi permettre aux arbres de s’épanouir.
  • La futaie irrégulière nécessite des interventions parfois plus rapprochées mais plus légères, afin de réguler la lumière tout en conservant un couvert forestier, garantissant ainsi une meilleure stabilité paysagère : on parle de ”coupe à caractère jardinatoire”. Si les rotations sont les mêmes qu’en futaie régulière, il arrive malgré tout que des interventions soient nécessaires à mi-rotation.

La futaie irrégulière : un mode de gestion durable et rentable

Quels sont les avantages écologiques de la gestion en futaie irrégulière ?

Une futaie irrégulière comporte donc des arbres de différents âges et dimensions sur une même station. Selon l’Inventaire forestier national – IGN près de 50% de la surface forestière serait constituée de peuplements mélangés : la topographie, l’exposition, les variations de substrat et de sol expliquent ces forêts marquées par une hétérogénéité d’essences et d’âges d’arbres. Plutôt que de rationaliser ce peuplement et de le transformer en une monoculture moins résistante face au changement climatique, les forestiers composent avec celui-ci et optent pour le traitement irrégulier. 

Le traitement irrégulier ou sylviculture irrégulière est donc un mode de gestion durable très répandu, qui prévoit d’organiser l’exploitation de la forêt via un cycle de reconstitution continue. Dans le magazine Forêt Entreprise n°189 de novembre 2009, Eric Sevrin, alors au CRPF Île-de-France définit le traitement irrégulier comme ceci “une méthode de gestion des peuplements ayant pour vocation de maintenir un couvert permanent tout en assurant la pérennité de la forêt. Ceci implique le renouvellement progressif, sans ouverture importante de façon à assurer la succession des générations d’arbres”. 

La sylviculture irrégulière repose sur 3 grands principes interconnectés : 

  • Définir et maintenir un volume sur pied optimal permettant la croissance des arbres, le renouvellement progressif du peuplement sous lui-même et la limitation du développement de la végétation concurrente. On raisonne arbre par arbre. 
  • Organiser des coupes à caractère jardinatoire régulières et ciblées pour prélever les arbres mûrs, retirer les arbres qui freinent la croissance des arbres d’avenir, et stimuler le renouvellement naturel. Le prélèvement concerne entre 10 à 20% du nombre de tiges. 
  • Doser la lumière en maintenant le couvert forestier afin de protéger le sol et le climat forestier tout en permettant aux jeunes plants de croître.
Cercle vertueux de la futaie irrégulière : prélèvements réguliers et précis, dosage de la lumière, volume sur pied optimal.

Le mélange des essences renforce la capacité du peuplement à s’adapter aux aléas biotiques et abiotiques car celles-ci n’y sont pas sensibles de la même façon. Elles ont aussi des besoins différents ce qui limite la concurrence interne. Enfin, en cas d’essence malade ou ne s’adaptant pas, les autres essences prennent le relai de manière naturelle, ce qui évite une opération de reboisement. 

La structure du peuplement sur différentes strates favorise quant à elle le renouvellement constant et donc l’adaptation progressive et continue du peuplement aux changements climatiques

Cette diversité constitue donc un levier essentiel pour accroître la résilience des forêts face au changement climatique. Ce mode de gestion est donc vertueux sur le plan écologique, on parle de gestion forestière durable.

La futaie irrégulière permet une rentabilité économique

Cependant, un malentendu courant consiste à réduire la sylviculture irrégulière à un simple outil de préservation des écosystèmes, de la biodiversité ou du paysage. Or, cette approche forestière vise également un objectif économique : la production durable de bois de qualité.

-> Les coupes à caractère jardinatoire ont pour objectif de faire croître des arbres d’essences et de dimensions variées qui fourniront de beaux bois. 

-> Ces coupes sont fréquentes (tous les 6 à 10 ans en moyenne) mais légères car elles portent sur seulement 10 à 20 % du peuplement ce qui permet de lisser les investissements et de bénéficier de revenus réguliers

-> Contrairement à la sylviculture classique basée sur des cycles de pousse de 50 à 80 ans, le propriétaire d’une futaie irrégulière peut bénéficier d’un retour sur son investissement. Répartir les recettes dans le temps permet aussi d’éviter de dépasser mécaniquement certains seuils fiscaux et de rester éligible à des dispositifs plus avantageux.

-> Régulièrement exploité, le peuplement devient un capital sur pied modéré, ce qui limite les risques financiers en cas de sinistre biotique ou abiotique (incendie, tempête, sécheresse, invasion de parasites…). 

Les forestiers adhèrent largement à ce type de sylviculture irrégulière qu’ils pratiquent dans un souci d’adaptation aux contraintes de la nature, de préservation écologique et de rentabilité économique. Au cours du XIXe siècle, ces pratiques anciennes qu’on pourrait dire “de bon sens” ont été approfondies, renouvelées et in fine théorisées sous l’appellation “sylviculture mélangée à couvert continu”. 

Quelles sont les indications au traitement en futaie irrégulière ?

Historiquement ce mode de sylviculture convient particulièrement aux espèces d’arbres qui supportent l’ombre dans leur jeune âge comme le sapin ou le hêtre. Cependant au vu du réchauffement climatique et des épisodes de sécheresse récurrents il devient indiqué pour un grand nombre d’essences dont les jeunes pousses supportent mal les chaleurs prolongées. propriétaires 

Qu’est ce que la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC) ?

La Sylviculture Mélangée à Couvert Continue est un mode de gestion forestière promu par différents collectifs et dont le fonctionnement est extrêmement proche du traitement en futaie irrégulière.

Quels sont les points communs et les différences entre la Sylviculture Mélangée à Couvert Continu (SMCC) et le traitement irrégulier ?

Comme pour le traitement irrégulier, l’objectif est de maintenir un couvert forestier continu et de favoriser une diversité d’arbres en essences et en âges. L’exploitation de la parcelle est régulière et continue, sur mesure, et a pour objectif de produire des bois de qualité.

Points communs

Différences

Maintien d’un couvert arboré permanent

La SMCC met davantage l’accent sur le mélange des essences, tandis que la FI se concentre sur la structure du peuplement (âge et dimension).

Diversité des essences pour améliorer la résilience du peuplement et favoriser la biodiversité

Le paradigme de la SMCC est d’imiter le fonctionnement naturel des forêts et intègre donc l’objectif de biodiversité comme une fin en soi, quand le traitement irrégulier répond à une logique d’exploitation vertueuse pour la production de bois de qualité. 

Gestion sélective et continu des arbres pour produire des bois de qualité

 

La SMCC est donc une forme de théorisation du traitement irrégulier, elle repose à ce titre sur 10 principes essentiels :

  1. Appliquer un traitement en futaie irrégulière afin de favoriser plusieurs strates de bois (petit, moyen, grand)
  2. Viser une densité suffisante pour avoir des tiges droites qui s’élaguent naturellement
  3. Organiser une récolte individualisée des arbres selon les objectifs du peuplement 
  4. Favoriser une régénération naturelle diffuse
  5. Laisser s’exprimer la succession naturelle des essences
  6. Maintenir un couvert structurant pour éduquer les semis et favoriser une sylviculture opportuniste
  7. Favoriser les essences autochtones
  8. Privilégier la production de gros bois de qualité
  9. Optimiser le positionnement et l’espacement des arbres de valeur
  10. Veiller à un équilibre sylvo-cynégétique favorable à la régénération et à la pérennité des essences présentes

En résumé, en Sylviculture Mélangée à Couvert Continu le forestier se veut “adjuvant” de la forêt : il joue un rôle de facilitateur en maximisant les rapports de force positifs et en accompagnant la dynamique naturelle et le fonctionnement de l’écosystème forestier. 

Est-il possible de faire de la futaie irrégulière partout ?

La gestion en futaie irrégulière ne peut cependant pas être pratiquée dans toutes les forêts. 

La première limite est liée à la superficie de gestion : en effet, sur une parcelle trop petite (moins de 1ha)  il ne sera pas pertinent d’organiser des prélèvements aussi rapprochés car ils ne concerneraient qu’un trop petit nombre d’arbres. L’extrême morcellement de la forêt en Haute-Loire rend donc ce mode de gestion difficile, même si nous nous efforçons de regrouper les propriétaires pour mutualiser les moyens. 

Ce mode de gestion durable nécessite aussi une certaine expertise dans laquelle la part d’expérience est capitale. Au GPF, nos techniciens appliquent ce type de gestion durable depuis de nombreuses années et possèdent ainsi toute l’expertise requise pour assurer le succès de ces peuplements.

Enfin, une dernière difficulté réside dans l’exploitation de ces peuplements irréguliers : récolter des arbres isolés ou en petites grappes demande un réel savoir-faire de la part des intervenants, mais aussi des engins spécialisés, et entraîne des durées d’intervention plus longues. Cette faible quantité associée à une qualité inégale ne permet pas toujours une bonne valorisation des bois récoltés.

Gestion durable et futaie irrégulière : mise en œuvre chez une propriétaire forestière du 43

Par Ephrem Girard, Technicien Travaux & Gestion forestière pour le GPF. 

Une futaie irrégulière ancienne

EG “En mars dernier, nous sommes intervenus sur une parcelle de sapins pectinés appartenant à Mme de V., située à 1000 mètres d’altitude dans le secteur du Puy-en-Velay, afin d’y conduire une coupe jardinatoire. Cette propriété, suivie par le GPF depuis plus de 30 ans, est dite à couvert continu donc gérée en futaie irrégulière, et sur ce peuplement de 27 hectares. On retrouve ainsi une structure étagée, caractérisée par des arbres de divers diamètres et classes d’âge.

Dans cette forêt ancienne dont l’on retrouve des vues aériennes datant de 1950, le sapin pectiné et d’autres essences feuillues coexistent de longue date, témoignant d’une dynamique naturelle stable. Cette continuité a permis le développement d’un peuplement résilient, adapté à la station, et favorable à une gestion en couvert continu car le sapin a besoin d’ombre pour grandir, et ce même si le sapin se trouve ponctuellement en difficulté.”

Le peuplement dicte les choix de conduite sylvicole

EG “Sur les parcelles adjacentes, les peuplements de douglas et de mélèze se présentent aujourd’hui en futaie régulière. Cette structure résulte probablement des reboisements consécutifs à la tempête de 1999, qui a fortement impacté le secteur en renversant de nombreux peuplements. Sur ces autres parcelles les peuplements sont donc moins âgés et en sylviculture régulière.

Car si la conversion d’un peuplement régulier en irrégulier est théoriquement possible, celle-ci est néanmoins longue. In fine c’est le peuplement qui oriente les choix de conduite sylvicole : en fonction de la station, certaines essences s’implantent plus favorablement que d’autres, et toutes ne se prêtent pas à la gestion en futaie irrégulière. Les essences sciaphiles ou essences d’ombres comme le sapin de Bornmuller, de Céphalonie, mais aussi hêtres ou pin Laricio de Corse sont plus propices que d’autres à ce type de futaie. Le douglas en revanche nécessite une lumière transversale importante, et peine donc à s’implanter sur cette station qui ne présente pas d’arbres assez hauts qui fourniraient un couvert ouvert. 

Au-delà de cet exemple local, certains feuillus comme le chêne sont très délicats à faire pousser en futaie irrégulière car il a besoin d’un éclairement suffisant et peut être très vite concurrencé par le charme par exemple. ” 

Comment entretenir cette futaie irrégulière ? 

EG “Comme sur une futaie régulière, les techniciens de la Coopérative passent régulièrement sur la parcelle (tous les 8 ans environ) afin de réaliser un martelage de sélection, décider des arbres à prélever, et veiller à la régénération naturelle ainsi qu’à l’équilibre du peuplement. 

Les coupes jardinatoires, réalisées tous les 5 à 10 ans sur la parcelle, consistent à prélever individuellement des arbres de différentes tailles : certains car matures, d’autres pour des raisons sanitaires. En résumé, lors d’une coupe jardinatoire on récolte les gros arbres, on améliore les moyens et on favorise les petits ! Chaque prélèvement est réalisé de manière à maintenir le couvert forestier continu et la structure étagée. 

Le choix des travaux et de la sylviculture est donc lié aux caractéristiques du peuplement : essences, strates, âges. Certaines essences comme le sapin peuvent se régénérer avec de l’ombre, donc en futaie irrégulière, mais ont besoin de plus de lumière plus tard. Le dosage évolue donc au fil du temps. 

Qu’en est-il de la régénération naturelle ? 

EG “Tout d’abord soulignons que sur un peuplement sain, adapté, un peu ouvert, un bon technicien forestier essayera toujours de favoriser la régénération naturelle pour éviter la coupe rase. Il s’agit d’une règle sylvicole de base. 

Sur la parcelle de Madame de V, près du Puy-en-Velay, la régénération naturelle s’avère suffisante pour assurer le renouvellement de ce peuplement. Seules quelques zones plus touchées par la sécheresse et sur lesquelles les essences actuelles peinent à s’adapter, nécessitent des opérations d’enrichissement extrêmement ciblées. 

En revanche, la gestion de la lumière est une clef essentielle au succès de la régénération naturelle : en effet si la lumière est indispensable à la croissance des futures plants, des ouvertures trop importantes du couvert forestier peuvent conduire à une sécheresse et favoriser le développement de la végétation concurrente (ronce, genêt…). Garder une ambiance forestière intacte est donc une condition indispensable à l’équilibre du peuplement. C’est pourquoi nos techniciens y accordent une attention prioritaire lors de leurs interventions.

Pour quelles raisons les propriétaires forestiers sont-ils favorables à la gestion en futaie irrégulière ? 

EG : ”La futaie irrégulière présente d’incontestables avantages du point de vue environnemental car elle limite les impacts de l’exploitation sylvicole sur la biodiversité et les paysages. Or, contrairement aux idées reçues, la majorité des propriétaires forestiers ne privilégient pas les coupes rases, même si elles peuvent sembler financièrement attractives. En réalité, la préservation du paysage et de leur forêt, souvent héritée de leurs parents, leur importe profondément.

La gestion en futaie irrégulière permet aussi de lisser les investissements et de bénéficier de recettes plus faibles mais continues. Enfin, un tel peuplement sera plus résilient face au changement climatique qui représente une source d’inquiétude majeure pour les propriétaires. La régénération naturelle avec éventuellement des opérations d’enrichissement est aussi une stratégie moins risquée que le reboisement, dont le succès est aléatoire en fonction des années — d’autant plus dans un contexte marqué par une forte incertitude climatique, à court et à long terme.

Aujourd’hui le GPF gère de nombreux hectares en futaie irrégulière, à l’image de ce peuplement de sapins. La futaie irrégulière se prête également à la gestion de petites surfaces : des parcelles de 1 à 2 hectares peuvent ainsi faire l’objet d’une exploitation adaptée. De fait, les forêts sont souvent composées de différentes essences et d’arbres de tailles différentes, et nous nous adaptons à l’existant. Les forêts mixtes (feuillus + résineux) sont en revanche plus rares sur nos territoires. 

Pour conclure, retenons que la gestion forestière est guidée par le bon sens et l’adaptation à la nature, et ce avant toute théorisation. Les propriétaires adhérents sont favorables à cette approche.” 

Le débat autour de la coupe rase

Coupe rase : un outil de gestion à manier avec discernement

Le débat sur les coupes rases est un sujet brûlant car il est sous-tendu par certaines positions idéologiques entièrement décorrélées de la réalité. Selon certains, la coupe rase serait l’outil privilégié du propriétaire forestier guidé uniquement par un objectif de rentabilité économique quitte à entrer dans une logique d’exploitation intensive. 

Cette logique n’est ni celle de notre Coopérative ni celle de nos adhérents. 

La coupe rase consistant en la récolte intégrale d’un peuplement sur une courte période, elle constitue évidemment une rupture brutale des équilibres écologiques et paysagers. Elle est donc un outil à manier avec beaucoup de discernement car elle appauvrit les sols, favorise le développement d’une végétation herbacée ou semi-ligneuse qui nuit aux opérations de reboisement, entraîne des risques d’érosion des pentes etc. 

De plus, si elle permet des recettes conséquentes, elle entraîne aussi des dépenses importantes. Or, la réussite de ces interventions reste incertaine dans le contexte actuel du changement climatique responsable d’épisodes de sécheresse, canicule, engorgement, invasion d’insectes etc..

Pour l’ensemble des coopératives engagées dans une gestion forestière durable, une approche équilibrée repose sur la prise en compte conjointe des enjeux économiques, écologiques et sociaux. Ce mode de gestion permet d’assurer à la fois la production de bois, la conservation de la biodiversité et la résilience des écosystèmes. La coupe rase aussi appelée “coupe à blanc” ne s’inscrit pas dans cette logique. 

Deux exceptions doivent cependant être mentionnées : 

  • Lorsque l’état sanitaire du peuplement doit conduire à un prélèvement massif et étendu d’un peuplement, non seulement afin d’endiguer la propagation de l’insecte ou du parasite sur les parcelles adjacentes, mais aussi pour tirer le meilleur parti possible du bois affecté.

Par exemple, en cas d’attaque massive de scolytes, une intervention rapide est essentielle : le bois conserve quelque temps ses propriétés mécaniques et peut être valorisé par les scieries locales, à condition d’agir sans délai.

  • Lorsqu’une tempête renverse une part importante d’un peuplement, et que les arbres restants ne présentent pas un potentiel de reprise suffisant, le recours à la coupe rase est alors inévitable.

En dehors de ces cas de figures, il est rare qu’un terrain soit homogène ce qui conduit à une disparité dans les dimensions des arbres, et ce, même en cas de mono-culture. L’homogénéisation de ces peuplements n’est pas souhaitable tant du point de vue environnemental qu’économique car cela se fera au détriment de la qualité voire de la production. 

Opter pour des coupes jardinatoires et une gestion en futaie irrégulière est alors l’option de bon sens, et celle que préconisera tout bon gestionnaire forestier.



Conclusion

La gestion en futaie irrégulière est donc un mode de gestion durable et rentable, largement répandu dans les forêts privées françaises. Elle répond à une multitude de situations et permet d’adapter les objectifs et les interventions au peuplement existant. 

Ses avantages sont les suivants : 

  • Protection des sols et de la biodiversité
  • Amélioration de la résilience du peuplement face au changement climatique
  • Valorisation régulière du bois et lissage des dépenses
  • Investissements et risques limités

Cependant, bien que la gestion en futaie irrégulière soit reconnue comme une approche plus vertueuse et plébiscitée par de nombreux forestiers, la conversion d’un peuplement régulier en irrégulier demeure un processus long, techniquement exigeant et qui, en fonction des contextes écologique ou économique n’est parfois pas envisageable. 

Last modified: 18 août 2025