Entretenir sa forêt pour optimiser la production de bois : les travaux sylvicoles

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Regarnis, dégagement, dépressage : certains travaux sylvicoles sont indispensables pour sécuriser et améliorer la croissance de vos peuplements. Quels sont les objectifs de ces travaux et quelle rentabilité en attendre ?

Sommaire

La gestion forestière demande de la patience et de l’humilité, tout en nécessitant une surveillance régulière en raison des nombreux facteurs pouvant nuire à la croissance harmonieuse d’un peuplement. 

Or par manque de temps ou de connaissance, certains propriétaires peinent à s’impliquer dans ce suivi, ou bien le relèguent au strict minimum (reboisement, puis coupe). Soyons clairs : un tel schéma interventionnel ne permet pas beaucoup d’espoir du point de vue de la rentabilité. Certes les investissements sont “minimaux” mais la rentabilité sera minimale aussi.

La croissance d’un arbre est une opération naturelle, mais l’obtention de spécimens de qualité ne doit rien au hasard ! Il faut accompagner la croissance du peuplement afin d’obtenir des arbres de qualité. Or 80% du prix d’un arbre est défini en fonction de sa qualité. 

Veiller à la bonne prise des semis ou des plants, contrôler la présence de défauts sur les jeunes tiges, maîtriser la concurrence autour, sélectionner les meilleurs arbres… toutes ces étapes permettent de sécuriser et d’améliorer le peuplement. Ces travaux forestiers d’entretien représentent certes des coûts pour le propriétaires mais s’ils sont correctement menés ils seront largement amortis par la valorisation finale des bois coupés. 

En fait en matière forestière tout est question de dosage : ne pas trop intervenir pour ne pas nuire à la rentabilité espérée; mais être proactif pour garantir une certaine rentabilité. 

Qu’appelle-t-on travaux forestiers d’entretien ? Qu’est ce qu’une opération de regarnis ? Quelle différence entre un dégagement et un dépressage ? Nos réponses se trouvent dans cet article.

Quels sont les différents travaux sylvicoles d'entretien ?

Les travaux sylvicoles d’entretien ou intermédiaires désignent toutes les interventions ayant lieu sur un peuplement entre son semis et sa coupe définitive. Ces opérations parfois nombreuses n’ont qu’un objectif : obtenir la meilleure qualité de bois tout en préservant les sols et l’écosystème. 

L’ingénierie forestière distingue 4 phases dans le développement d’un peuplement, illustrées dans le schéma qui suit.

Dégagement, nettoiement, dépressage, élagage et coupe d’éclaircie… tout au long de la croissance du peuplement les travaux possibles sont nombreux et dépendent de la station, des essences choisies, et des objectifs du propriétaire

Chaque intervention vise à favoriser : 

  • la protection…
  • la sélection…
  • ou encore l’amélioration…

…des conditions de croissance des arbres d’avenir. 

L’ensemble de ces interventions peuvent être décidées en fonction des phases de développement, selon le schéma suivant. 

Or de nombreux propriétaires ignorent que le travail sur futaie et a fortiori la récolte doivent être préparés en amont, au cours des deux phases précédentes. L’objectif est triple : 

  • rectifier les anomalies de la nature, 
  • limiter la pression de l’environnement sur le peuplement
  • optimiser la croissance des arbres

Une fois les arbres en futaie, il sera trop tard !

3 opérations sont particulièrement utiles pour améliorer la densité et la qualité du peuplement : le regarnis, le dégagement et le dépressage. 

Focus sur ces 3 étapes indispensables qui seront décisives quant à l’avenir de votre peuplement. 

Regarnis, dégagement, dépressage... quels travaux pour quels objectifs ?

“Les négligences à la plantation peuvent avoir des impacts significatifs plusieurs années après la plantation”. 

a) Les opérations de regarnis pour obtenir une bonne densité de plants

L’opération de regarnis fait partie des premières interventions possibles sur un peuplement, celle-ci consiste à re-planter à nouveau si la mortalité constatée sur les plants initiaux est trop élevée

En effet, de nombreuses causes peuvent mettre en péril la réussite de la plantation : 

  • les phénomènes abiotiques : chaleur, sécheresse, incendie, gel, inondation, éboulement, avalanches etc.
  • les facteurs biotiques : champignons, insectes, dégâts cynégétiques
  • les facteurs anthropiques : qualité des plants et de l’opération de plantation

Les risques sont donc nombreux et la moindre erreur aura des conséquences comme le souligne le Pôle Auvergne-Rhône Alpes du DSF (Département de Santé des Forêts) dans un rapport de 2016 : “Les négligences à la plantation peuvent avoir des impacts significatifs plusieurs années après la plantation”. 

Concrètement une opération de regarnis doit être organisée si après une année le taux de mortalité des plants est supérieur à 20%. En deçà de ce chiffre, son utilité peut être discutée. 

L’objectif est donc d’obtenir une croissance de 80% des plantations. Or depuis quelques années le Département de Santé des Forêts (DSF) alerte sur le fait que les taux d’échec des plantations atteignent des niveaux extrêmement élevés. 

En 2020, 29% des plantations réalisées ont échoué, les années 2019 et 2015 précédaient de peu ce record (27%), ainsi que 2018 (26%). Les difficultés de reboisement sont donc une tendance structurelle à laquelle il nous faut nous adapter. À ce titre, des travaux de regarnis permettent de réagir rapidement en cas de mortalité et donc limiter les conséquences financières de ces échecs.

Pour comprendre précisément comment se calcule un taux de mortalité sur parcelle, nous vous conseillons la lecture de cet article : Sécurisez vos reboisements avec l’option Regarnis.

Si en amont de la plantation ou au cours de la première année, la présence de gros gibier est constatée, la mise en place de protections contre le gibier peut permettre de limiter les risques notamment d’abroutissement par le cerf et le chevreuil ou d’affouillement par les sangliers.

 

b) Le dégagement pour protéger les jeunes plants

Réalisé au minimum 2 ans après la plantation, le dégagement a pour but de maîtriser la végétation herbacée et arbustive environnant les plants afin de limiter la concurrence. 

Parmi les espèces régulièrement supprimées : 

  • ronce 
  • fougère aigle
  • molinie
  • clématite
  • chèvrefeuille
  • graminées ou cypéracées
  • la population ligneuse ou semi-ligneuse (tremble, rejets de taillis etc.)

En effet, cette végétation envahissante gêne la croissance des semis et ce à trois titres : 

-> en surface en prenant une place physique importante ce qui peut écraser, déformer les jeunes plants, ou encore les priver de lumière. 

-> sous le sol car elle pompe les ressources nutritives et en eau; les jeunes plants n’ayant pas encore développé leur réseau racinaire peinent à puiser les ressources dont ils ont besoin.

-> par allélopathie puisque certaines plantes libèrent des substances qui gênent la germination, le développement racinaire et la croissance de certaines espèces (par exemple la callune sur l’épicéa et la fétuque sur le sapin).

Le cas de la fougère aigle est extrêmement parlant : son réseau racinaire, tant en surface qu’en profondeur, est tel que ses rhizomes peuvent occuper jusqu’à 90% des 30 premiers cm du sol. De quoi épuiser les sols et empêcher la croissance des semis et plants. 

Les interventions de dégagements peuvent être réalisées à tout moment de l’année, même si souvent une saison est privilégiée en fonction du cycle de vie de la principale espèce invasive. La structuration de la parcelle, l’âge du peuplement et sa densité déterminent la nature du dégagement : manuel ou mécanique. Les professionnels utilisent sécateurs, serpe, croissant, débroussailleuse ou mini pelle, ou encore des produits phytosanitaires. 

Cette intervention doit être renouvelée annuellement et ce jusqu’à ce que les arbres aient atteints 3 mètres de hauteur, soit pendant 4 – 5 ans pour les arbres à croissance rapide (Douglas et résineux, frêne, châtaignier) ou pendant 10 ans pour les essences plus lentes (chêne, hêtre). 

En fonction du peuplement, des conditions climatiques, et de la pression de la végétation autour certains techniciens recommandent de procéder à deux dégagements par an ou au contraire d’espacer ceux-ci d’une période de deux ans.  

Aussi la maîtrise de la végétation concurrente sera d’autant plus simple et efficace qu’elle est entreprise tôt et régulièrement reconduite.

ATTENTION.
Effectuer un dégagement ne signifie pas raser la végétation autours des semis ! Si le forestier lutte contre les ronces et les plantes herbacées de grande taille, il laissera au contraire se développer les essences dites “accessoires”, celles qui vont jouer un rôle utile dans le développement du peuplement en maintenant un couvert irrégulier qui protégera l’essence objectif des températures trop extrêmes ou du gibier.

A partir de ce moment le forestier ne raisonne donc plus uniquement en essence objectif mais bien en arbres d’avenir.

c) Le dépressage pour favoriser la croissance des arbres objectifs

Le dépressage est une intervention sur des arbres dont la hauteur est comprise entre 3 et 10 mètres, et qui vise à réduire la densité des essences objectif afin de :

  • mettre de la distance entre les arbres pour faciliter une croissance harmonieuse
  • améliorer leur approvisionnement en eau et nutriments, 
  • renforcer leur stabilité face au vent. 

Il faut donc sélectionner les plus beaux spécimens et retirer ceux qui nuiront à leur croissance. On limite la concurrence intra-espèce. A partir de ce moment le forestier ne raisonne donc plus uniquement en essence objectif mais bien en arbres d’avenir.

Quelques semaines avant le début des travaux, un technicien forestier inspecte les arbres : croissance, rectitude des tiges, diamètre du tronc, déploiement du houppier… et identifie les arbres les plus prometteurs. Le dosage entre les essences objectif fait aussi partie des critères de sélection.

Lors du dépressage, le forestier effectue souvent un nettoiement en éliminant les sujets mal conformés ou malades qui nuiraient au peuplement, et retire les protections contre le gibier si cela n’a pas déjà été fait. 

Il existe 2 types de dépressage : 

  • en plein : on diminue la densité des arbres sur toute la parcelle
  • localisé : on diminue la densité autour des tiges susceptibles d’appartenir au peuplement final

Comme les bois coupés sont laissés sur place, souvent pour protéger le peuplement du gibier, cette intervention ne rapporte aucun revenu financier (contrairement à l’éclaircie). Son coût dépend donc du type de dépressage retenu, de l’existence de cloisonnement sylvicoles, et de son intensité; il est d’autant plus faible que le dépressage est effectué tôt et donc sur des arbres de petite taille. Si les rémanents doivent être retirés pour des raisons sanitaires l’opération comportera un surcoût.

Les travaux de dépressage peuvent être réalisés toute l’année. 

Quel est l’impact d’un dépressage sur la qualité du bois ? 

Les deux souches de bois ci-dessous illustrent l’impact d’une opération de dépressage sur la croissance de l’arbre à travers ses cernes. Comme indiqué en légende, la croissance est plus faible et irrégulière sur l’image de gauche (absence de dépressage) que sur l’image de droite (arbre dont le peuplement a bénéficié d’un dépressage).

Le dépressage des résineux

En fonction des essences, les contraintes techniques et objectifs diffèrent : pour les résineux le dépressage s’effectue en une seule fois et vise à éliminer 35 à 50% des tiges. Les bois arbres sont coupés en morceaux afin d’éviter les attaques d’insectes. L’objectif final est de conserver 500 à 800 arbres par hectare.

 

Conclusion

Les travaux sylvicoles d’entretien sont des étapes indispensables pour renforcer la stabilité de ses arbres, préserver sa forêt des problèmes sanitaires, et améliorer la qualité de ses bois. Ces interventions, garantes de la rentabilité de votre forêt, ne peuvent être réalisées que dans les premiers stades de développement de votre peuplement. Une fois celui-ci devenu futaie il sera trop tard : les travaux d’entretien seront alors bien plus coûteux, et leur efficacité largement discutable. 

En étant vigilant et proactif quant à l’entretien de votre peuplement vous vous assurez d’excellents revenus de coupe. Chaque peuplement est différent, et tous ne nécessitent pas le même degré d’interventionnisme. Il existe aussi de nombreuses subventions pour réaliser vos travaux forestiers, dont le dispositif DEFI Travaux qui offre un crédit d’impôt de 25% sous réserve de répondre à certains critères d’éligibilité. 

N’hésitez pas à interroger votre technicien sur les prochaines interventions qu’il recommande sur votre parcelle.

Last modified: 11 janvier 2024