Quelles essences d’arbres pour renouveler les forêts de Haute-Loire et d’Auvergne ?

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Sécheresses, ravageurs, dépérissements : les forêts d’Auvergne et de Haute-Loire font face au réchauffement climatique. Quelles essences planter demain ? Entre diversification et expérimentations, la Coopérative adapte ses choix au terrain.

Sommaire

Nos techniciens sur le terrain le constatent chaque jour : sur l’ensemble de notre territoire, les forêts sont soumises à une pression climatique intense.

En Auvergne-Rhône-Alpes, les dérèglements majeurs sont :

  • des épisodes de sécheresse et de canicule répétés et prolongés, impactant particulièrement les jeunes plantations;
  • un stress hydrique chronique qui nuit à la croissance des arbres et les fragilise; 
  • des hivers plus doux qui altèrent voire retardent la levée de la dormance et donc le débourrement des bourgeons

Soulignons que le réchauffement climatique est plus marqué en région Auvergne Rhône-Alpes par rapport au reste de la métropole.

Face aux évolutions climatiques, l’adaptation naturelle des peuplements est double : 

  • sur place à travers des processus d’évolution (génétique ou phénotypique) : par exemple en modifiant son système racinaire pour le faire pénétrer plus profondément dans la terre, à la recherche d’eau. 
  • en colonisant de nouvelles aires : on parle de “migration naturelle” des arbres, rendue possible grâce à la dispersion des semences.

Malheureusement, différentes études concluent que le réchauffement climatique actuel est bien plus rapide que les épisodes précédents. Ainsi, la vitesse de celui-ci est 40 à 400 fois plus rapide que le déplacement naturel des espèces (5km/ siècle en moyenne pour un arbre). Dans ce contexte, l’adaptation spontanée des forêts est donc particulièrement incertaine. 

Comment se manifeste le changement climatique dans notre région ? Quelles essences sont aujourd’hui les plus touchées par le dépérissement ? Quelles essences plante-t-on aujourd’hui et lesquelles sont à l’essai ? Quelles bonnes pratiques de reboisement pour garantir des peuplements viables à long terme ? 

L’objectif de cet article n’est pas de lister les « trois essences miracles » qui habilleront nos forêts en 2080, mais de présenter les constats, de livrer les observations de la Coopérative face à l’évolution de nos forêts, éclairé par l’expérience et le regard de terrain de Pierre Locca, directeur des Pépinières Sylvicoles du Haut-Forez (42).  

Les forêts d’Auvergne-Rhône-Alpes face au changement climatique : un équilibre fragilisé

Une forêt marqué par son histoire

Le paysage forestier de la région Auvergne‑Rhône‑Alpes est largement façonné par l’histoire des plantations, notamment celles du XXᵉ siècle qui ont répondu aux besoins en bois et à des politiques de reboisement après les déboisements anciens. En effet, jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle, la forêt française a été largement exploitée pour le bois de chauffage, si bien qu’elle ne couvrait alors que la moitié de sa superficie actuelle. De nouvelles pratiques d’exploitation sylvicoles théorisées en Allemagne au XIXe siècle, vont transformer cette forêt de taillis et taillis sous futaie, en peuplements réguliers et dense, destinés à être exploités en bloc. L’école de Nancy apporte ensuite de la nuance à ces pratiques en introduisant les pratiques de la futaie jardinée. 

Dans la période d’après-guerre, un vaste programme de boisement est lancé, afin de soutenir la reconstruction du pays mais aussi de combler les terres que l’exode rural a laissées à l’abandon. Les résineux s’imposent alors sur le territoire : pin sylvestre et épicéa sont largement plantés, ainsi que des espèces alors indigènes comme le douglas. Plantés en futaie régulière et en monoculture, ils visaient à alimenter l’industrie.

En Auvergne-Rhône-Alpes comme ailleurs en France, certaines techniques optimisent les rendements : sélection des essences et provenances, travail du sol, mécanisation, traitements herbicides…

Les paysages actuels de notre région sont donc largement hérités de cette période post-guerre. La majorité de ces boisements sont arrivés ou arrivent à maturité, ce qui explique que le renouvellement forestier puisse être important dans certains secteurs. 

Aujourd’hui, la forêt couvre environ 36 % du territoire régional, soit près de 2,5 millions d’hectares, et constitue l’un des ensembles forestiers les plus importants de France tant par sa surface que par ses volumes de bois.

Cette couverture forestière se caractérise par un équilibre marqué entre feuillus et résineux en surface, avec environ 60 % de feuillus et 40 % de résineux, mais c’est bien la part des résineux qui domine lorsqu’on regarde le volume de bois sur pied : les résineux représentent plus de la moitié du stock avec 254 millions de m³ sur un total régional de 468 millions de m³ de bois sur pied, constituant ainsi la principale ressource en bois d’œuvre.

Dans le département de la Haute-Loire, ce paysage forestier régional prend une forme légèrement différente : la forêt y couvre environ 40 % du territoire et est très majoritairement privée et morcelée (85% des propriétés font moins de 4 ha). Les résineux représentent 48 000m3 de bois sur pied, contre 13 000 pour les feuillus, et les essences principales sont le pin sylvestre, le sapin pectiné et l’épicéa, ce qui lui confère une composition forestière encore plus résineuse que la moyenne régionale.

Dérèglements climatiques, ravageurs et dépérissement

Toutefois, cette forêt régionale est soumise à de fortes pressions. Les aléas climatiques marqués et l’arrivée de pathogènes exotiques constituent des menaces croissantes, contribuant à l’accélération des phénomènes de dépérissement.

Les données de l’ORCAE (Observatoire régional air climat énergie) Auvergne-Rhône-Alpes soulignent l’intensité du dérèglement climatique sur différents plans.

Ainsi, la carte suivante a été présentée par Clowis Rosier (Météo France) à l’occasion du webinaire intitulé “A quel climat devra s’adapter la forêt en région AURA selon la TRACC ?” organisé par la DRAAF (Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture, et de la Forêt) en septembre 2025. Dans cette vidéo Clowis Rosier commence par souligner que le réchauffement climatique est plus prononcé en zone de relief qu’en plaine.

Puis il compare les moyennes climatiques entre les deux dernières périodes trentenaires (1964-1993 et 1994-2023) en s’attachant à 3 facteurs qu’il synthétise en une carte :  

  • les températures enregistrées
  • le nombre de journées chaudes
  • le nombre de jours de gel

 
Source : Observatoire régional climat air énergie Auvergne-Rhône-Alpes (ORCAE)

Or ces trois facteurs ont des impacts multiples sur les peuplements, tous déclencheurs de dépérissement. 

  •  la hausse des températures augmente l’évapotranspiration et génère un stress hydrique.
  • l’augmentation du nombre de journées chaudes entraîne une baisse de la croissance des arbres, une mortalité accrue et une sensibilité plus forte aux incendies. Les épisodes de canicule au mois de juin sont particulièrement défavorables car les arbres sont en phase de développement et les fortes chaleurs brûlent les pousses tendres. Une canicule au mois d’août a souvent moins d’impact.
  • enfin la diminution des jours de gel signifie que les hivers sont plus doux, ce qui favorise entre autres la survie et la reproduction de certains insectes ravageurs et expose donc particulièrement les peuplements.  Les gelées printanières si elles surviennent, sont quant à elles néfastes quand les arbres ont déjà débourré, a fortiori avec l’introduction d’essences plus thermophiles.

Les deux autres facteurs analysés : les précipitations et l’enneigement, ne présentent pas de tendance clairement marquée même si une diminution de l’enneigement est observée en dessous de 1 500 m d’altitude. 

Ces dérèglements climatiques favorisent en effet le développement des insectes ravageurs et des pathogènes, constituant ainsi une menace biotique. Dans notre région, les principaux ravageurs sont les scolytes de l’épicéa et la chenille processionnaire. Si la canicule et les étés chauds et secs sont favorables au premier, la chenille processionnaire apprécie quant à elle les hivers doux et l’on constate que son aire de répartition s’étend vers le nord et en altitude. 

Le scolyte typographe est le principal ravageur présent dans la région. Agissant en foyers, il provoque des dégâts importants dans les peuplements en pondant dans le liber, la partie interne de l’écorce, et peut produire jusqu’à trois générations par an.

La carte suivante réalisée illustre bien la progression de la chenille processionnaire sur le territoire métropolitain. 

Progression vers le Nord de la chenille processionnaire du pin

Source : INRA Orléans

Quelles sont les essences les plus touchées ?

Dans son bilan 2024 sur l’état sanitaire des forêts, le Pôle santé des forêts de la DRAAF identifie les essences les plus touchées par le dépérissement. En effet, si toutes les essences souffrent du dérèglement climatique, certaines présentent des vulnérabilités plus fortes en fonction du contexte épidémiologique qui les accompagne. Les essences les plus concernées sont donc l’épicéa, le sapin, le pin sylvestre, le douglas. Puis le frêne, le châtaignier, le chêne, le hêtre et le buis, dans une moindre mesure. *

Les épicéas

Les épicéas souffrent des ravages du typographe : dans les Alpes et surtout dans l’Ain la situation est épidémique, les attaques sont moins nombreuses dans le Massif Central. Les peuplements en basse altitude sont les premiers concernés avec parfois des phénomènes de disparition pure et simple des pessières, mais on constate de plus en plus que les dommages montent en altitude. 

Les sapins

Les dépérissements de sapin sont constatés sur toute la région avec des dommages particulièrement importants sur le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire, mais aussi la Loire, le Rhône et l’Ain. Les dommages semblent monter en altitude, comme pour les épicéas, conduisant à une disparition des sapinières sur les piémonts. Deux insectes hâtent ces dépérissements :  le Pityokteine, un cousin du scolyte typographe, ou encore le fomes. Les sapinières vieillissantes, en déficit de gestion et à basse altitude sont les plus concernées. 

Pierre Locca partage ce constat : “Les sapinières dépérissent un peu à toutes les altitudes : en vallée vers Ambert, mais aussi dans le massif du Livradois-Forez, en particulier sur les face ouest, très exposées au soleil couchant. De manière générale, nous constatons que les résineux sont en souffrance en dessous de 800 m, et notamment sur les contreforts du Massif Central“. 

Le pin sylvestre

Le pin sylvestre est particulièrement en souffrance en Haute-Loire avec des rougissements massifs autour du Brivadois. Les épisodes de sécheresse intense ont été le facteur déclenchant de ces dépérissements, en particulier sur des sols à faibles réserves en eau et sur des versants exposés. Le champignon sphaeropsis du pin, responsable d’un bleuissement conduit à l’embolie. Au-delà de cette zone, les peuplements sont en bien meilleur état sanitaire. 

Pierre Locca précise : “Nous constatons des dépérissements de pins sylvestres sur les bords de la Loire, la plaine de la Limagne autour de Clermont-Ferrand, la plaine de Brioude. Souvent ils font suite à de gros orages de grêle, mais le stress hydrique crée les conditions premières de ces affaiblissements.”

Le douglas

Les sécheresses mettent à mal les douglas sur les stations difficiles, en générant des phénomènes de rougissement et des nécroses cambiales. Ils montrent donc de plus en plus des signes de faiblesse.

Enfin, le frêne, le châtaignier en Ardèche, le hêtre en plaine, ou encore les chênes du massif de l’Allier ou de l’Ardèche sont eux aussi localement en souffrance.

*Ces observations sont réalisées entre autres à partir des arbres observés dans le cadre du réseau systématique (56 000 arbres notés sur 35 ans, répartis sur une centaine de placettes). Parmi les indicateurs, le déficit foliaire, taux de mortalité etc. L’analyse des taux de reprise est aussi un indicateur des difficultés climatiques. 

Dans ce contexte, les résineux ont-ils encore leur place dans les forêts de demain ? Quelles essences privilégier ? Quels choix sylvicoles adopter ?

Diversifier les essences : une piste d’adaptation encore pleine d’incertitudes

Quelles essences pour demain ?

Des résineux oui mais en diversification

Le projet CISyFE, mené par le CNPF, met en évidence l’importance de diversifier les essences et les structures de peuplements afin d’augmenter la résilience des forêts face aux sécheresses, aux ravageurs et aux perturbations climatiques. 

La diversification permet en effet de répartir les risques et de favoriser la capacité d’adaptation des écosystèmes forestiers. Elle constitue ainsi un des leviers majeurs pour accompagner la transition des forêts dans un contexte de changement climatique. En moyenne, les forêts mélangées subiraient environ 20 % de dégâts en moins que les forêts en monoculture (SOURCE). Néanmoins, la faible taille des parcelles forestières dans notre région peut être une limite à ce souhait de diversification. 

Plusieurs travaux de modélisation montrent que le changement climatique pourrait modifier la composition des forêts européennes, avec une augmentation de la part des feuillus au détriment de certains conifères. En effet, en réagissant précocement à une canicule en perdant leurs feuilles, les feuillus limitent leurs pertes en eau et tentent ainsi de survivre à l’épisode de chaleur. Toutefois, cette chute prématurée du feuillage les affaiblit, ce qui les rend ensuite plus sensibles aux ravageurs. En Auvergne-Rhône-Alpes, les résineux devraient rester présents, mais les plantations devront s’orienter vers des essences plus tolérantes à la sécheresse et adaptées aux conditions climatiques futures, tout en conservant leur intérêt économique et écologique. 

Pierre Locca le confirme : “Dans le Massif Central, les résineux restent pertinents, tandis qu’ailleurs en France (hors Landes), il est préférable de limiter leur présence en basse altitude. L’enjeu est d’entrer dans une logique de diversification des peuplements car toutes les espèces n’ont pas les mêmes besoins, et si l’une subit les effets du réchauffement climatique ou un problème sanitaire, les autres prennent le relai. Malgré tout, certains propriétaires – heureusement de plus en plus rares- continuent à planter des essences en monoculture. Cela me semble peu judicieux : la majorité des jeunes arbres poussent sur des stations inadaptées mais c’est par la suite que cela se complique. Vers 30 ans environ, les besoins de chaque arbre deviennent plus spécifiques (pluviométrie, profondeur de sol etc.) : c’est à ce stade que le bon choix d’essence conditionne la réussite future des peuplements, en fonction des exigences spécifiques des arbres.”

Essences possibles

Aujourd’hui, le CNPF ne fournit pas une liste figée des essences à planter en région, mais plutôt une sélection d’une dizaine d’essences qui semblerait pouvoir supporter l’évolution du climat. Parmi celles-ci on retrouve pour les résineux : le douglas, le pin noir d’Autriche, le pin laricio, le pin maritime et le pin d’Alep, le mélèze d’Europe et le cèdre de l’Atlas. La liste des feuillus comprend les chênes pubescents, chevelus, rouge d’Amérique, l’érable sycomore et l’érable plane, et le robinier faux acacia. 

Pierre Locca complète cette analyse : “Certains de mes clients souhaitent replanter à l’identique considérant que la coupe a été financièrement rentable. Mais nul ne sait comment vivra l’espèce dans 50 ans ! Au-delà des débouchés supposés, il faut raisonner en se demandant quelle espèce va aller au terme de sa rotation de culture. Un collègue gestionnaire m’a dit un jour “Des bois de qualité trouveront toujours preneurs”. Le véritable enjeu est de conduire un arbre jusqu’à maturité, en le conduisant de manière à obtenir la meilleure qualité possible : un tronc droit, peu de nœuds et un diamètre suffisant.”

Dans le cadre du rapport de stage de l’un de ses apprentis, Pierre Locca a initié un travail de recherche visant à tester en Haute-Loire des essences peu ou pas vendues par les pépinières. Après avoir analysé les conditions climatiques des aires d’origine ainsi que les débouchés économiques de nombreuses essences, il en a finalement sélectionné huit, dont il a fait importer les graines avant de les mettre en culture en godets, à 850m d’altitude.

Détail des essences testées :

  • 4 pins : Pinus ponderosa, Pinus jeffreyi, Pinus lambertiana, Pinus arizonica
  • 2 sapins : Abies concolor, Abies cilicica
  • Cyprès de l’Arizona : Cupressus arizonica
  • Calocèdre : Calocedrus decurrens

L’objectif est à présent d’analyser les rythmes de croissance des jeunes plants en les installant sur des placettes expérimentales. Le pépiniériste envisage d’installer ses jeunes plants au printemps 2027, après une analyse fine des stations pouvant accueillir cette expérimentation, notamment en forêt privée. Pour mieux comprendre ce projet passionnant, n’hésitez pas à visionner le webinaire de la DRAAF AURA en date du 6 janvier 2026 “De la graine au plant : test de nouvelles essences en pépinière face au changement climatique”.

Principes sylvicoles adaptés au réchauffement climatique

Entretenir une ambiance forestière favorable 

En plus du bon choix d’essences, l’ambiance forestière devient un enjeu clé pour la résilience des forêts. Il s’agit de créer et maintenir des conditions de lumière, d’humidité et de microclimat favorables à la croissance des arbres, a fortiori dans les premières années de plantation ou régénération. L’ombre portée, la protection contre les vents chauds, le raffraichissement par la condensation nocturne, sont les paramètres de ce micro-climat. Pour y parvenir, il est recommandé d’opter pour une futaie irrégulière ou de faire évoluer progressivement les peuplements vers ce type. Cela implique d’organiser plusieurs générations d’arbres, de pratiquer la sylviculture mélangée à couvert continu et de gérer les peuplements de manière à favoriser la diversité structurale et fonctionnelle. Pour découvrir le fonctionnement en futaie irrégulière, n’hésitez pas à consulter notre article dédié [SUR LE TERRAIN] La futaie irrégulière, une stratégie de gestion durable pour des forêts rentables et résilientes

Prendre soin du sol forestier

Préserver l’intégrité du sol forestier est essentiel pour la croissance et la vitalité des arbres. Un sol dégradé ou tassé absorbe moins l’eau et perd donc son rôle de réservoir en cas de sécheresse. Les cloisonnements d’exploitation, le recours à des engins à la portance allégée, et d’autres pratiques respectueuses du terrain sont autant de mesures à privilégier pour préserver la santé des sols forestiers. Laisser les branches au sol est d’autant plus intéressant dans nos régions que les sols sableux et arènes granitiques ont besoin de cet humus pour conserver l’humidité. 

Pierre Locca complète sur l’importance du sol forestier : “Les plantations massives d’essences, comme l’épicéa qui a longtemps été soutenu par le Fonds Forestier National, ont souvent conduit à un épuisement des sols forestiers. La rotation des cultures est essentielle, car chaque espèce prélève dans le sol des nutriments différents. Par ailleurs, la plupart des plantations résineux du Massif Central ont été installées sur des terres agricoles, donc très fertilisées. La seconde génération de forêt devra s’adapter à un sol potentiellement moins fertile. Il faut également être vigilant quant à la valorisation des produits forestiers secondaires : avec l’essor des plaquettes et pellets, certains propriétaires cherchent à récolter l’ensemble de la matière ligneuse disponible. C’est évidemment préjudiciable pour la qualité du sol forestier qui a besoin de matière organique pour s’enrichir.”

Intégrer la biodiversité dans la gestion

Enfin la biodiversité forestière participe à la résilience des forêts face au changement climatique. En effet, la présence de peuplements variés en âge et en essences, de vieux arbres, d’arbres à cavités et de bois mort permet aux écosystèmes de mieux supporter les stress climatiques, sécheresses et tempêtes. 

Une forêt en bonne santé est une forêt résiliente et dans laquelle la biodiversité a un rôle à jouer face au réchauffement climatique. Elle favorise également le maintien des fonctions écologiques essentielles — fertilité des sols,défense contre certains pathogènes et pollinisation — tout en offrant des habitats pour de nombreuses espèces qui elles aussi participent à la défense de la forêt. Concrètement, en maintenant des arbres habitats pour les pics ou les mésanges, on abrite les prédateurs des scolytes et des chenilles processionnaires. L’ensemble du vivant est impliqué dans la résilience des forêts. Enfin, la diversité des milieux associés, comme les lisières et clairières, contribue à stabiliser les peuplements et à répartir les risques liés aux aléas climatiques.

Conclusion

La forêt d’Auvergne-Rhône-Alpes que nous connaissons aujourd’hui est déjà confrontée à des dérèglements climatiques visibles et à des phénomènes de dépérissement croissants. Dans ce contexte, la question des essences à planter ne peut pas trouver de réponse simple. Il n’existe pas d’« arbre idéal » capable de s’adapter partout : le choix doit avant tout partir de la station forestière, c’est-à-dire des caractéristiques locales du sol, du climat et de la topographie. Pierre Locca insiste : Le paulownia a également suscité de nombreuses demandes, notamment à la suite d’un récent reportage réalisé dans le Finistère. Mais on ne peut pas comparer le climat du Finistère à celui de Haute-Loire ! Il faut se demander : quelle espèce pour cette station ? A seulement 1km de distance, les choses peuvent différer. “

Analyser la réserve en eau des sols, la profondeur, l’exposition ou encore les essences déjà présentes permet d’identifier les risques et d’orienter les décisions : poursuivre la surveillance, adapter la gestion ou préparer le renouvellement du peuplement. La règle reste donc la même, mais elle devient plus stratégique que jamais : planter la bonne essence au bon endroit, en tenant compte à la fois des conditions actuelles et de leur évolution future. Il convient aussi de prendre en compte les qualités technologiques de l’essence : sa capacité à produire des individus suffisamment élancés et bien conformés, plus que le bois ayant actuellement des débouchés ou un prix de vente intéressant; 

Un conseil au plus près du terrain, nourri par le retour d’expérience et les expérimentations récentes, est aujourd’hui indispensable. S’appuyer sur des plants de qualité et sur un pépiniériste connaissant bien les conditions locales constitue également un atout majeur pour adapter les choix d’essences et accompagner l’évolution des peuplements face aux changements en cours. 

Last modified: 13 mars 2026