L’interview du directeur : Julien Souchon

Written by

Arrivé en Janvier 2021, Julien Souchon a pris la direction du GPF quelques mois plus tard. Rencontre avec ce jeune diplômé de 24 ans prêt à relever le challenge !

Portrait de Julien Souchon directeur GPF Coopérative forestière

Arrivé en janvier 2021, Julien Souchon a remplacé l’ancien directeur à la direction du GPF. Management des équipes, pilotage stratégique, relations avec les adhérents et les partenaires commerciaux… diriger une coopérative forestière requiert polyvalence et disponibilité. Un challenge de taille même si ce jeune diplômé de 24 ans n’a pas froid aux yeux !

Rencontre avec ce directeur pas comme les autres, passionné par le terrain et la rencontre avec les propriétaires, et qui a relevé ce défi épaulé par les administrateurs et par toute l’équipe des salariés.


Bonjour Julien,
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots en commençant par nous dire qui vous êtes et d’où vous vient cet attachement à la forêt ? 

Je suis donc le directeur de la Coopérative forestière depuis 2021, après avoir été directeur adjoint pendant 5 mois. Passionné de sport (course à pied, cyclisme) et de grands espaces, j’ai grandi à Monistrol-sur-Loire où ma famille vit toujours. Depuis tout petit je suis viscéralement attaché à la terre et à la forêt. Cet attrait est né aux côtés de mon grand-père qui était agriculteur et éleveur, et détenait quelques forêts produisant du bois de chauffage. 

J’aime le bois parce qu’il est le seul matériau qui est à la fois source d’énergie et de construction. C’est un matériau noble permettant de superbes ouvrages. À mes heures perdues, j’aime travailler et sculpter le bois. Aussi j’ai décidé très jeune que je travaillerai dans le secteur agricole ou forestier. Cette conviction ne m’a plus jamais quittée. 


Quel est votre parcours académique et professionnel ?

Après mon baccalauréat, je me suis orienté vers la gestion forestière en rejoignant un BTS, puis en intégrant l’école d’ingénieur AgroParisTech. Mon parcours est atypique car il est très marqué par la technique et le terrain, notamment en raison de mon BTS. Lors de mes dernières années d’études j’ai eu la chance de rejoindre l’ONF en tant qu’alternant et de travailler sur la télédétection par laser (aussi appelée LiDAR), un outil permettant de modéliser une forêt depuis un avion, afin d’en estimer le peuplement et le volume de bois disponible. C’était une expérience professionnelle passionnante. 

Attaché à ma région natale et connaissant la réputation du GPF, j’ai envoyé une candidature spontanée à la fin de mon alternance, et ai rejoint la structure avec enthousiasme. 


Quels sont les aspects qui vous passionnent particulièrement dans la gestion forestière et sur lesquels vous vous êtes spécialisé ?

La forêt privée est un bien à part car elle est au croisement de plusieurs enjeux : économique, social, et environnemental. Je suis convaincu que ces 3 enjeux ne sont pas contradictoires, bien au contraire !

Pourtant il n’est pas toujours évident de les faire cohabiter, notamment dans le cas de forêts très morcelées. La dimension économique peut parfois sembler en conflit avec les autres : tout le monde souhaite une belle charpente, mais nombreux sont les promeneurs à regretter de voir des arbres coupés sur le bord des routes. Et pourtant une forêt qui ne fait pas l’objet d’une exploitation forestière raisonnée risque de dépérir ! Valoriser la forêt dans toutes ses dimensions est un travail passionnant et exigeant. 

Je me passionne aussi pour la fiscalité de la forêt. J’aime rencontrer nos adhérents, les conseiller sur ce sujet, et les orienter vers les bons dispositifs d’optimisation fiscale. Nous avons la chance en France de bénéficier d’un régime fiscal sur la forêt qui est extrêmement favorable ! Malheureusement, de nombreux propriétaires sont pas ou peu informés et passent à côté de dispositifs intéressants. Au GPF, nous avons monté un service dédié, et avons acquis une réelle expertise sur ce sujet.
Depuis quelques mois, je me suis aussi formé à la création de groupements forestiers afin de proposer ce service à nos adhérents. Il s’agit d’une forme de société civile particulièrement intéressante en cas d’achat de parcelles à plusieurs, ou bien pour préparer une succession et éviter l’indivision. Dans ce domaine, l’expérience de notre Président, Jean-Paul Gauthier, nous est précieuse. 

Enfin je ne peux pas me passer du terrain ! Dès que mon emploi du temps me le permet, je vais au contact des propriétaires adhérents et des exploitants forestiers qui travaillent pour nous. Je réponds à leurs questions, les conseille dans leur exploitation, et retrouve ainsi le plaisir d’arpenter avec eux la forêt. 

Au quotidien nous nous voulons donc proches de nos adhérents et réactifs en cas de demande. 


Comment voyez-vous les relations entre la Coopérative et ses adhérents ? Sur quoi repose le succès d’une coopérative ?

Le GPF est une coopérative forestière qui bénéficie d’une excellente réputation sur le plan local. Nos adhérents nous sont fidèles, certains depuis le début du projet ! Cette communauté d’adhérents constitue un socle solide et nous avons à cœur de rester disponible pour chacun. Au quotidien nous nous voulons donc proches de nos adhérents et réactifs en cas de demande. 

L’ADN du GPF est aussi fortement marqué par la transparence : au moment d’une coupe de bois chez un adhérent, nous estimons le volume sur pied, puis nous effectuons un premier cubage. Comme certaines machines peuvent présenter une marge d’erreur en fonction du bois, nous procédons à un second cubage qui sert de base pour la rémunération d’apport au propriétaire. Pour le stérage, nous demandons au transporteur de réaliser un cubage contradictoire. Aussi nos adhérents touchent une rémunération qui correspond parfaitement au volume coupé. Les coûts des sous-traitants, notre marge… tout est précisé dans la fiche transparence. Cette rigueur, cette transparence est réellement notre marque de fabrique. 


Quels sont les défis de la gestion forestière de demain ?

La gestion forestière est confrontée à de multiples défis, mais j’en retiendrai tout particulièrement 3. 

Le premier est évidemment environnemental. Depuis plusieurs années, nous ne pouvons que constater le réchauffement des températures annuelles dans nos régions. Chaque propriétaire souhaite que son bois soit garanti sur le long terme, mais nous savons aussi que les événements exceptionnels deviendront, dans les prochaines années, à la fois plus forts et plus fréquents. Il est donc impératif d’adapter la forêt non seulement dans son peuplement (test de nouvelles essences comme l’érable, le chêne rouge, mélange de résineux / feuillus…) mais aussi dans son exploitation (création de placeaux dans une sapinière dépérissante : on ne coupe pas tous les arbres d’un coup, pour intégrer progressivement de nouvelles essences). C’est un challenge immense qui se relève au quotidien. 

Un second défi réside dans la faible attractivité de la filière. Dans quelques années, il est probable que nous manquions d’exploitants forestiers manuels (bûcheron, débardeur etc.) mais aussi d’exploitants travaillant sur machine. La filière peine à recruter car nos métiers sont perçus comme pénibles, physiques, et exposés aux intempéries. Pourtant nos métiers sont passionnants et ont du sens ! Notre responsabilité est donc d’aller au contact des jeunes pour leur présenter les débouchés et les métiers que nous faisons. 

Enfin, il est urgent de mieux communiquer auprès du grand public. En France la culture forestière se perd. Nombreuses sont les personnes qui ignorent pourquoi on décide de couper un arbre, quelles sont les essences et leur destination… cette culture forestière encore prédominante dans les pays scandinaves comme la Finlande doit être promue, non pour faire du “lobbying”, mais parce que la forêt est traversée par les usages de tous et représente une richesse commune.

Nous ne pouvons que constater le réchauffement des températures annuelles dans nos régions. Il est donc impératif d’adapter la forêt non seulement dans son peuplement, mais aussi dans son exploitation. C’est un challenge immense !

 

Quels sont les chantiers prioritaires du GPF pour les années à venir ? 

Nous cherchons à nous réinventer sans nous renier. 

Concrètement, nous souhaitons pérenniser la confiance de nos adhérents, en leur proposant de nouveaux services de gestion qui répondent à leurs problématiques. L’outil de suivi des Plans de gestion Sylvamap répond à cet enjeu de modernisation de nos outils, et d’automatisation de nos process. Il simplifie les échanges avec nos adhérents, et permet aux techniciens de disposer d’une vision d’ensemble des interventions à réaliser sur leurs massifs respectifs. 

Nous sommes aussi convaincus d’avoir un rôle à jouer avec les différents acteurs de la filière, auprès du grand public afin de communiquer ensemble sur l’importance d’une gestion de la forêt vertueuse et raisonnée, qui réponde aux objectifs de ses propriétaires et aux attentes de ses usagers.

Last modified: 11 avril 2023